• Pourquoi choisir la science politique à l'UQAM

Vers un référendum sur l’unification de l’Irlande? Pas si vite!

Article paru dans Le devoir | Jean-Guy Prévost

Depuis un siècle, l’Irlande du Nord est déchirée par un conflit entre une majorité protestante unioniste et une minorité catholique nationaliste. Or, les résultats du recensement de 2021 en Irlande du Nord viennent tout juste d’être publiés et, pour la première fois depuis la création de ce « pays » au sein du Royaume-Uni en 1921, on observe que les catholiques constituent une majorité par rapport aux protestants. Ainsi, 45,7 % des personnes ayant répondu à ces questions se sont présentées comme catholiques ou ayant grandi dans le catholicisme, contre 43,5 % de personnes se revendiquant de l’une des très nombreuses dénominations protestantes (on en compte une bonne vingtaine) ou déclarant avoir grandi dans le protestantisme.

C’est la première fois que, pour cette variable composite, on obtient une majorité catholique : en 2001, on avait ainsi 53,1 % de protestants pour 43,8 % de catholiques ; en 2011, 48,4 % de protestants contre 45,1 % de catholiques. Cette majorité (relative) des catholiques en Irlande du Nord, ainsi que la victoire du parti Sinn Féin arrivé en tête aux élections de mai 2022 nous autorisent-elles à croire qu’un référendum sur la réunification de l’île (appelé : border poll) et une victoire de ses partisans sont à portée de main ?

À notre avis, il vaut la peine de scruter ces données d’un peu plus près. Si l’on décompose cette variable composite pour y distinguer les personnes s’étant réclamées ouvertement d’une religion (on pourrait dire : le noyau dur), on obtient cette fois une différence saisissante : 42,3 % de catholiques contre un peu moins de 37,3 % de protestants, toutes dénominations confondues. Comment expliquer l’accroissement de l’écart ? Lors du recensement de 2021, pas moins de 19 % n’ont pas répondu à la question ou n’ont déclaré aucune religion.

Auprès de ces personnes, une relance a eu lieu pour savoir dans quelle religion elles avaient été élevées : cela a fait croître le groupe des catholiques de 3,4 % et celui des protestants de pas moins de 6,2 %. C’est ainsi qu’on arrive aux 45,7 % de catholiques et aux 42,3 % de protestants. Une fois ces personnes assimilées à l’une des deux grandes dénominations, il reste 1,34 % de personnes déclarant une autre religion (ce qui correspond à peu près aux personnes s’étant déclarées musulmanes, hindouistes, bouddhistes ou d’autres dénominations non chrétiennes) et 9,3 % de personnes sans religion.

Des données qui appellent à la prudence

Si l’on remonte au recensement de 1991, on observe que, tous les 10 ans, la proportion (c’est vrai aussi du nombre) des personnes se déclarant catholiques augmente régulièrement (de 38,4 % à 42,3 %), celle des protestants diminue spectaculairement (de 42,8 % à 37 %), alors que celle des personnes se déclarant sans religion croît pour sa part de 11,0 % à 19,0 %. On voit qu’en plus de facteurs démographiques bien réels comme la fertilité ou l’émigration, les variations dans les réponses sur la religion s’expliquent en grande partie par la croissance du groupe des personnes sans religion et le fait qu’une majorité de celles-ci ont été élevées dans le protestantisme.

La suite de l’article ici

Crédit photo : Paul Faith Agence France-Presse

Département de science politique

Institution de premier plan, le Département de science politique accueille près de 800 étudiants inscrits aux trois cycles d’études et se compose de 36 professeurs dont l’expertise couvre tous les champs disciplinaires de la science politique.

Coordonnées

Département de science politique
Local R-3490
315, rue Sainte-Catherine Est
Montréal (Québec) H2X 3X2