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Italie : la victoire de Giorgia Meloni s’explique par la stabilité du vote conservateur | The Conversation | Jean-Guy Prévost

Comment expliquer la victoire de Giorgia Meloni ?

L’arrivée à la Présidence du Conseil de la chef d’un parti, Fratelli d’Italia (FdI) dont les origines remontent au fascisme représente-t-elle une rupture profonde dans l’histoire de l’Italie républicaine ?

La coalition de centre droit à laquelle appartiennent Giorgia Meloni et son parti dominera en effet clairement la Chambre des députés et le Sénat, avec presque 60 % des sièges (mais pas les deux tiers qui lui auraient permis de modifier la constitution sans recourir au référendum). Son parti a engrangé nettement plus d’appuis (26 %) que ses partenaires principaux réunis, la Ligue de Matteo Salvini (8,8 %) et Forza Italia de Silvio Berlusconi (8,1 %).

S’il y a bien une filiation historique entre FdI, créé en 2012, et le Mouvement social italien (MSI), né en 1946 sur les ruines du fascisme, les dirigeants successifs de cette mouvance ont préféré se décrire comme relevant de la droite nationale ou encore du nationalisme conservateur. Si Giorgia Meloni ne s’est pas gênée pour envoyer des signaux aux membres des groupes d’extrême droite les plus radicaux, le programme de FdI et celui de la coalition de centre droit reprennent essentiellement des thèmes conservateurs et nationalistes présents depuis plusieurs élections.

Je travaille depuis plus de vingt ans sur l’histoire politique italienne, le fascisme et les idéologies autoritaires. J’ai notamment publié L’extrême droite en Europe. France, Autriche, Italie et A Total Science, Statistics in Liberal and Fascist Italy). J’hésite cependant à tirer des conclusions trop rapides sur un possible retour au fascisme. Je souhaiterais plutôt attirer l’attention sur ce qui change et ce qui ne change pas dans la politique italienne avec l’élection du 25 septembre, et me limiter pour le moment à quatre constats que m’inspirent les dernières élections.

1. La participation électorale continue de baisser

L’élection de dimanche a établi un record de faible participation. Bien que lentement déclinant depuis les années 1980, le taux de participation s’est maintenu au-dessus de 80 % jusqu’en 2008. Après la chute est raide : 75 % en 2013, 73 % en 2018, et finalement 64 % en 2022.

C’est un phénomène difficile à expliquer. On peut dire que chaque vote compte, puisque 67 % des sièges sont attribués à la proportionnelle. On peut dire aussi qu’avec plus de 30 partis, le choix ne manque pas. L’âge minimum pour voter pour les sénateurs, jusqu’alors de 25 ans, a été abaissé à 18 ans. Quoi qu’il en soit, de 2008 à 2022, on compte quelque 6 millions de votes valides en moins (dont un million à cause de la contraction du corps électoral, l’Italie étant un pays vieillissant).

Rien de cela ne suggère donc un sentiment d’urgence chez les Italiens, une mobilisation enthousiaste pour, ou contre un retour au fascisme.

2. Une majorité conservatrice stable

Huit élections ont été tenues en Italie depuis 1994. De ce nombre, cinq se sont soldées par une nette domination du centre droit, avec une avance de 12 % en moyenne sur le centre gauche. Ces derniers ont devancé le centre droit trois fois, mais avec des avances de 1 % en moyenne.

Évidemment, de nombreux facteurs entrent ici en jeu, qui ne sont pas sans effets : ainsi, on a connu durant cette période trois systèmes électoraux, les coalitions se sont faites et défaites, et on a assisté, en marge des deux grandes coalitions, à la montée du Mouvement 5 étoiles, un parti politique contestataire ne se voulant ni de gauche ni de droite et faisant l’apologie de la démocratie directe.

Mais ce qui ne fait pas de doute, c’est l’existence d’un bloc électoral conservateur consistant et stable. D’ailleurs, d’une élection à l’autre, les programmes successifs de la coalition se ressemblent passablement.

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