Conseils de livres et de films

En cette période de confinement, les enseignant.es du département de science politique se sont creusé la tête pour vous proposer quelques conseils de livres et de films. On espère que ces idées rendront ce moment un peu plus facile à vivre.

Maude Benoit

Les maisons, Fanny Britt

Coincé chez soi, on se rend compte que nos maisons recèlent tout à la fois nos projections, nos désirs et les fatigues du quotidien. Le personnage principal Tessa est agente immobilière et pénètre l’intimité des gens au moment où se fracasse leur mariage ou se réalisent leurs rêves, tandis qu’elle s’apprête elle-même à ébranler son existence. Essayiste, dramaturge, traductrice, écrivaine de littérature jeunesse et adulte, Fanny Britt est une voix féminine incontournable d’ici.

Pyongyang, Guy Delisle

Pour relativiser notre isolement forcé, les étagères des épiceries moins garnies, les restrictions de notre liberté de mouvement et le contrôle étatique sur la population, rien de mieux qu’une plongée en Corée du Nord. Dans sa bande dessinée Pyongyang, le Québécois Guy Delisle partage les observations tirées de son séjour de trois mois dans ce pays en confinement totalitaire.

Dunes, Frank Herbert et Fondations, Isaac Asimov

Le corps est cloué à domicile, mais l’esprit est libre d’aller vers l’infini…et plus loin encore! Pourquoi ne pas profiter de la pandémie pour relire ou découvrir ces classiques de la science-fiction, nous transportant à des millions d’années lumières d’ici, bien loin d’Horacio Aruda et de Donald Trump, mais où de petits et de grands personnages tentent aussi d’influencer le cours des destinées humaines.

Julián Durazo-Herrmann

Curtadoc.tv propose un vaste répertoire de documentaires latino-américains. Il est organisé par sujets et ils sont nombreux : politique, environnement, droits humains, diversité, etc. Certains documentaires sont sous-titrés en anglais. Il est aussi possible de se servir de la fonction de sous-titrage des YouTube.

Meu sorriso negro (https://curtadoc.tv/curta/artes/meu-sorriso-negro/) est un documentaire sur le racisme contemporain au Brésil qui présente autant les formes sournoises de ce phénomène que les initiatives d’une communauté d’artistes pour en faire face. Musique, danse et chanson sont à l’honneur.

Tem gringo no morro (https://curtadoc.tv/curta/comportamento/tem-gringo-no-morro/) montre les effets pas toujours positifs du tourisme de masses sur les populations locales, notamment dans les favelas de Rio de Janeiro. Les paysages sont époustouflants et la musique carioca accompagne le visionneur tout au long du documentaire. En anglais.

Alain-G. Gagnon

Réimaginer le Canada. Vers un Etat multinational ? sous la direction de Félix Mathieu et David Guénette (PUL, 2019). Ce livre en accès libre intéressera les canadianistes et québécistes.

Anne-Marie Gingras

Wag the Dog (1997) Version française : Des hommes d’influence:  Un gouvernement cherche à voiler un problème de politique intérieure en provoquant un conflit sur la scène internationale. Le film illustre la technique de l’écran de fumée, utilisée en communication politique.

Nixon (1995) : Voilà un film sur le scandale du Watergate. Belle illustration de l’utilité de la protection des sources journalistiques. 

Frost/Nixon (2008) : Ce film porte sur les entrevues réalisées avec Nixon quelques années après le scandale du Watergate par un éminent journaliste britannique, David Frost, un journaliste britannique.

Fair Game (2010). Ce film traite du plamegate, le scandale de l’invention de fausses nouvelles par la Maison Blanche au sujet de l’achat d’uranium par Saddam Hussein, fausses nouvelles relayées par plusieurs journalistes, dont la star du New York Times, Judith Miller. Ce film illustre le danger principal de la protection des sources journalistique : la manipulation des médias par des pouvoirs peu scrupuleux. 

La vie des autres (2006). Un agent de la Stasi est chargé d’espionner un dramaturge dans une entreprise dont le but ultime lui échappe. Après la chute du mur de Berlin, le dramaturge finira par consulter le dossier de cet étonnant espionnage. Excellent film pour déconstruire l’idée que les citoyens sont impuissants devant la machine totalitaire.

Isabelle Gusse

Voici trois titres de films de fiction …. qui portent tous sur les bienfaits et difficultés du journalisme d’enquête.

All the President’s Men (Les Hommes du président) – 1976 – Durée 138 minutes. Le rôle central de ces deux journalistes et du Washington Post dans la divulgation du scandale du Watergate.  Guidés dans leurs enquêtes par un informateur anonyme, surnommé par leur chef d’édition « Gorge profonde », leurs articles provoquent l’ouverture d’une enquête sénatoriale indépendante, qui a pour conséquence la condamnation des responsables et la démission du président des États-Unis : Richard Nixon.

Good Night and Good Luck (Good Night and Good Luck) – 2005 – Durée 93 minutes. Ce film offre une brillante réflexion sur le rôle des médias dans la société et relate le combat mené par Edward R. Murrow (David Strathaim), journaliste et présentateur respecté du journal télévisé de CBS dans les années 50, et le producteur Fred Friendly (George Clooney), contre le sénateur McCarthy à l’origine de la chasse aux sorcières qui vise à cette époque à traquer et sanctionner les communistes aux Etats-Unis.

Spotlight (Spotlight) – 2015 – Durée 128 minutes. L’enquête réalisée par l’équipe Spotlight du Boston Globe – une équipe spécialisée dans le journalisme d’investigation – d’enquêter sur plusieurs prêtres de Boston accusés d’avoir abusé sexuellement d’enfants et qui s’en sont tirés sans subir de poursuites alors que leur supérieur, le cardinal Bernard Law et les plus hautes instances de l’Église catholique étaient au courant et ont étouffé chacune de ces affaires par la corruption ou les menaces.

Nicolas Houde

Pour la suite du monde. Merveilleux documentaire ethnographique de Michel Brault et Pierre Perrault sur la vie des gens de l’Isle-aux-Coudes. Documente, entre autres, ce qui fut probablement la dernière pêche au béluga dans le Saint-Laurent

Kanehsatake, 270 ans de résistance, de Alanis Obomsawin. Film essentiel pour comprendre l’histoire du Québec, du Canada et de Kanehsatake. Un film pour mieux comprendre la crise d’Oka/Kanahsatake.

Maya Jegen

La Montagne magique de Thomas Mann pour sa concordance de temps. Ce roman permet de tracer des parallèles historiques – Covid-19 aujourd’hui, tuberculose il y a 100 ans – et de philosopher avec Hans Castorp, le protagoniste principal du roman, sur la vie, la maladie, la mort et l’extension du temps; le tout dans des paysages alpins qui me sont si familiers. Hans est parti pour trois semaines au sanatorium – il y est resté 7 ans.

– Toutefois, si vous cherchez un rythme plus soutenu qui permet de réfléchir aux cycles du capitalisme, Buddenbrooksdu même auteur, raconte l’ascension et le déclin d’une famille bourgeoise.

Xavier Lafrance

October, China Miéville. Une fresque magnifique de la Russie révolutionnaire de 1917, de février à octobre. Ça se lit comme un roman. 

Prochain épisode, Hubert Aquin. Roman policier, psychologique et politique qui nous propulse dans un va-et-vient étourdissant entre une chambre d’hôpital psychiatrique au Québec et les villes et campagnes suisses. Une plume à couper le souffle.

La femme qui fuit, Anaïs Barbeau-Lavalette. L’auteure raconte la vie exceptionnelle de sa grand-mère, qui nous fascine, nous exaspère, et participe entre autres au mouvement automatiste et aux luttes d’émancipation des Afro-Américains.e.s du Sud des États-Unis. Poignant.

En finir avec Eddy Bellegueule et Histoire de la violence, Édouard Louis. Romans autobiographiques dans lesquelles l’auteur fait la découverte puis l’expérience de son homosexualité dans un rapport tendu à une famille des milieux populaires français. Romans coup de poing.

Les Yeux fardés, Lluís Llach. Quatre ami.e.s traversent l’enfance et le début de l’âge adulte, vivent l’amour (queer) et font l’expérience de la révolution espagnole dans un quartier ouvrier et militant de Barcelone. Beau et enivrant.

L’amie prodigieuse (tétralogie), Elena Ferrante. La vie de deux femmes nées dans un quartier populaire napolitain. L’une fait des études et s’arrache à son milieu, l’autre y reste. Une amitié profonde, empreinte de jalousie et de solidarité, sur fond de deuxième vague féministe et de luttes de classes. La psychologie des personnages et d’une finesse absolument remarquable.

Romain Lecler

Peste et Choléra, écrit par Patrick Deville, est une très belle biographie du découvreur du bacille de la peste, Alexandre Yersin ; à travers le récit de ses voyages en Allemagne et en Asie, l’ouvrage raconte la création d’une communauté scientifique internationale à la fin du 19ème siècle.

Histoire du lion Personne, un ouvrage de Stéphane Audeguy, suit le trajet d’un lion depuis le Sénégal jusqu’en France au 18ème siècle. Magnifiquement écrit, c’est un ouvrage passionnant qui raconte l’invention des zoos, sur fond de structuration des empires coloniaux. Il nous parle aussi du rapport entre humains et animaux sauvages : curiosité, cruauté, vénalité, compassion, indifférence.

Mathieu Masse Jolicoeur

Yes Minister’‘, une série britannique intéressante pour les étudiants en administration publique.

Issiaka Mandé

Quelques films sur l’Afrique :

Good Bye Bafana (histoire du géolier de Nelson Mandela) 

L’ennemi intime (l’un des meilleurs films français sur la guerre d’Algérie) 
Le dernier roi d’Ecosse (film sur le médecin écossais de Amin Dada) 
Beast of no nation (sur les enfants-soldats en Afrique de l’Ouest, avec Idris Elba)

Johny Mad Dog (film sur les enfants soldats plutôt dur + il est en entier sur you tube) 
The Pirates of Somalia (histoire d’un journaliste américain désirant écrire un livre sur les pirates de Somalie) 
Captains Philips 

– La 36e édition du Festival Vues d’Afrique sera complètement en ligne via TV5 : « Le Festival international de cinéma Vues d’Afrique a décidé d’offrir la totalité de sa programmation en ligne gratuitement, à travers le Canada. (…) Les films seront en ligne pour une période de 48 heures sur la plateforme tv5unis.ca. Le festival Vues d’Afrique, qui tient ainsi une 36e édition 100 % numérique, a pris cette décision en toute hâte, alors que ses programmes étaient sur le point d’être imprimés. »

Mark-David Mandel

Voici deux films assez intéressants:

La spirale : documentaire-analyse en français- sur le destin du gouvernement Unidad popular au Chile 1971-73, qui a tenté une transition au socialisme dans le cadre de l’État libérale (capitaliste)

– Documentaire en 2 parties et en anglais – sur la montée de Poutine en Russie

http://www.ponarseurasia.org/article/rise-vladimir-putin-part-12

https://www.youtube.com/watch?v=Y74nVGXmL8I&feature=emb_rel_end
Dan O'Meara

Je propose deux chefs-d’œuvre du cinéaste britannique, Ken Loach. En fait, l’ensemble de son œuvre mérite d’être inclus, mais je me limite à deux films qui portent sur des conflits politiques peu connus :

–  Land and Freedom(1995, 109 mins.) – sur la guerre civile espagnole et surtout, les conflits entre les diverses tendances de la gauche.

The Wind That Shake the Barley (2006, 109 mins.) – sur la guerre d’indépendance et la guerre irlandaises.

Caroline Patsias

Débâcle par Spitz : la découverte d’une grande écrivaine de moins de trente ans, tout est dans le titre, la débâcle : la fonte des glaces et la défaite. La débâcle a quelque chose d’inévitable comme la fonte des glaces en été. Magistrale dans la construction, le lecteur est étouffé sans même savoir qu’il l’est. D’une intensité rare, mais sans pathos. On ne se remet parfois ni de son enfance ni de sa classe sociale

La huitième vie (pour Brilka) de Nino HaratischwiliJe l’ai trouvé à la biblio si je ne l’avais pas ouvert, j’aurais passé mon chemin, comment des très très bons livres peuvent avoir une couverture de roman Arlequin – c’est l’histoire de huit générations d’une même famille en Russie enfin dans l’empire russe, puis en URSS puis en Russie.

Maxime Ossipov après l’éternité – “Nouvelles, médecin russe” telle était la description à la bibiothèque. Les 2 premiers termes n’auraient pas dû attirer mon attention, finalement j’ai emprunté l’ouvrage et pas uniquement à cause de la couverture jaune unie qui donne l’impression de lire un ouvrage de philo (et donc d’être plus intelligente, du moins dans mon cas),  mais à cause de l’adjectif russe, car en matière de littérature, cet adjectif ne qualifie plus le substantif, il le torpille. Et c’est encore vrai, le russe est à la littérature ce que le français est au jambon beurre, il n’y en a pas de mauvais. Est-ce un roman politique ? La nostalgie est-elle politique ? En Russie, peu de vie ont échappé au politique et à une forme de confinement dans la neige. Et en littérature au moins, la neige c’est bien, ça enveloppe. La dernière nouvelle elle tue. Tu penses rouler sur le chemin de ton enfance, tout te revient en mémoire, tu reconnais chaque cerisier et en fait tu t’es perdu, le chemin est un nouveau chemin. Pas mal hein ?

Le sympathisant. Le titre fait d’emblée politique et l’histoire l’est, c’est celle d’un agent double durant la guerre du Vietnam mais c’est aussi un roman sur l’identité et le marxisme avec une vision complexe de celle-ci et sans jeter aux orties celui-là, L’identité plus on la revendique plus elle nous échappe. L’intersection est un chemin compliquée comme le mensonge. Et il y a des mensonges qui engagent de grandes vérités, celles de notre engagement. À mon avis, mais ce n’est que le mien, il se relâche parfois un peu alors que les 3 précédents ne lâchent absolument jamais l’écriture

La coupe d’or d’Henri James. C’est un roman où à la fin je ne savais plus qui pensait quoi, tellement les personnages sont haut de gamme, des virtuoses du jeu social, mais ce n’est pas parce qu’on joue que les sentiments ne sont pas paroxystiques, c le corsetage qui te rend sinon libre du moins puissant. Une excellente psychothérapie pour ceux qui comme moi ont parfois du mal dans la maitrise des émotions. Chez James, on ne se roule pas par terre…Je mentionne ce livre car j’ai lu récemment un papier dans Theory and society sur le rôle des émotions dans la construction du rapport politique au monde au sein d’un groupe autochtone. L’auteure a une réflexion sur le rôle de l’émotion à 3 niveaux d’analyse: relations entre individus, relations au sein du groupe, lien avec l’État. Elle met de l’avant son approche post-coloniale et les émotions en la lisant j’ai pensé à Henri James et Norbert Élias. J’aimais bien cette idée des saumons d’une tribu de l’Oregon nageant dans les eaux pas forcément limpides de la société victorienne… Je mets James et Nabokov dans la catégorie d’écrivains à pic c’est-à-dire qu’ils ont le chef d’œuvre absolu et après tout semblera plus fade dans leur œuvre (fade mais fade dans la catégorie chef d’œuvre). Au moins pour moi, après La coupe d’or j’ai trouvé les autres romans de James excellents mais jamais comme La coupe d’or.

– Eri de luca : Le jour avant le bonheur (parce que c’est poétique et intense) et parce que c’est l’inverse d’aujourd’hui : avant le confinement c’était le bonheur ou quasiment

L’homme qui aimait les femmes – François Truffaut. Ce n’est pas vraiment un film féministe mais c’est super. Un film pour les nostalgiques, disons ceux qui sont nés en 1973 et qui aiment les jaquettes bien serrés avec les petites poches sur le devant, qui t’étriquent bien la silhouette et qui permettent de marcher les mains dans les poches celles de la jacket ou du jean un must (pour un climat qui permet une civilisation du vêtement). Et aussi parce que j’adore Charles Denner et que ça va lentement avec beaucoup de dialogues et de gens qui marchent. La vie perdue dans les cafés et les déambulations, un rêve aujourd’hui. Ce n’est pas féministe mais c’est le garçon qui meurt à la fin. “Qui meurt à la fin ?” demeure une question essentielle, un peu comme aujourd’hui… Et puis je me rattrape avec H. James, les filles finissent par occuper toute la scène, le héros on ne le voit plus.

Michèle Rioux

Voici mes coups de cœur de l’année 2019 :

L’étrange pays de Jean Leloup

Rex Orange County: NPR Music Tiny Desk Concert (https://www.youtube.com/watch?v=Y8xGS9eJQRg&list=RDY8xGS9eJQRg&start_radio=1&t=687)

Ebène – Aventures africaines de Ryszard Kapuscinski

Journal d’un corps de Daniel Pennac

Mille Batailles de Louise Lecavalier (https://www.youtube.com/watch?v=ZzVhF6T2_Zs)

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