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Eau et développement : Quand l’accès à l’eau devient un enjeu de gouvernance au Sénégal

Jeudi 9 février 2012
De 12 h 30 à 14 h 00
Local A-1715, Pavillon Hubert-Aquin

Moussa Diop

L’objet de cette conférence s’appuie sur un travail de recherche comparative, mené dans deux villages (Mbane et Gaé) à Saint-Louis, au nord du Sénégal. Il s’inscrit dans le cadre général des effets de la crise de l’eau dans les pays en développement, en pointant les risques sanitaires liés à l’ingestion d’eau non potable sur fond de croissance démographique. Alors que les installations d’eau potable existent, il s’agit d’apporter des éléments de compréhension à la persistance de certaines maladies en interrogeant le système de gouvernance du service public de l’eau. En effet, il ne suffit pas d’implanter des installations d’eau potable, d’instaurer un mode de gestion calqué sur une vision technico-économique pour que les populations qui devraient y avoir accès se comportent comme prévu. Toutes sortes de pressions socio-politiques, économiques et culturelles viennent entraver l’accessibilité à l’eau potable, tandis que les réseaux sociaux se complexifient et croisent différentes stratégies propres aux acteurs locaux. Ces enjeux que perçoivent mal les gestionnaires de l’eau et qui mettent à mal les efforts des acteurs du développement constituent un apport essentiel à la réflexion dans ce domaine. Dans cette communication, qui privilégie une approche reconnaissant le pluralisme des normes, la diversité des acteurs et l’hétérogénéité des logiques sociales en présence, la gouvernance locale de l’eau sera intégrée dans l’univers social et politique villageois, et plus largement sénégalais, avec ses pratiques clientélistes, ses manœuvres électorales et ses stratégies de pouvoir. Une telle démarche vise à montrer qu’il ne suffit pas, contrairement aux Objectifs du Millénaire et à certains discours simplistes, de financer des infrastructures pour que l’accès à l’eau potable soit acquis. Plus globalement, notre objectif est d’interroger les écueils d’un développement, sans cesse, rattrapé par un fort décalage avec des pratiques locales souvent méconnues ou ignorées par les gestionnaires des programmes d’aide, les techniciens et les responsables politiques.
Moussa Diop est docteur en sociologie à l’Institut de Recherche Interdisciplinaire en Sciences Sociales (IRISSO – Université Paris-IX Dauphine) et chercheur associé à la Maison du Fleuve Sénégal – Université Gaston Berger de Saint-Louis. Ses travaux sont orientés sur l’approche pluridisciplinaire de l’eau et du risque à un double niveau : socio-anthropologique et socio-politique. Après avoir enseigné à l’Ecole Supérieure Polytechnique de Dakar (2008-2011), il est actuellement postdoctorant au sein du CIRDIS.
Pour plus d’informations, www.cirdis.uqam.ca